Maison de la Laicité de Dinant
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Lorsqu’en mai 1967, un tragique incendie ravagea le grand magasin « A l’innovation », rue Neuve à Bruxelles, la Belgique connut un moment d’émotion particulièrement intense. Avec 300 personnes décédées, on assista à une mobilisation sans précédent pour organiser le deuil et l’accompagnement des familles. Chapelles ardentes de toutes obédiences, messe œcuménique, réconfort par les prêtres… Mais pour les morts et les familles sans dieu, rien ; la communauté non confessionnelle n’avait d’autre choix que de se joindre aux croyants ou de ressasser sa peine dans la solitude.

Un tissu associatif animé d’un élan commun

Si ce ne fut pas le moteur du rassemblement des associations laïques, cet exemple du manque d’impartialité des pouvoirs publics en faveur du culte dominant en fut certainement le principal détonateur. Car ces associations existaient déjà depuis bien longtemps, comme par exemple la Ligue de l’Enseignement, fondée en 1864. Il faut se rappeler qu’en 1842, l’Etat belge avait fait voter une loi plaçant tout l’enseignement primaire sous la direction exclusive du clergé.

C’est pour réagir à cette situation monopolistique que, le 26 décembre 1864, le libéral Charles Buls fit une communication intitulée « Projet de création d’une association destinée à répandre et à améliorer l’instruction en Belgique ».

Ainsi naquit, avant bien d’autres associations, la Ligue de l’Enseignement portée par un groupe de libres penseurs affiliés au cercle culturel « La Libre Pensée », issus majoritairement de l’ULB. La laïcité organisée s’est forgée sur les engagements sociaux et éthiques portés par ces différentes associations préoccupées du progrès humain par l’émancipation et le libre examen, lesquelles ont fini par s’associer en un projet commun qui prendra, en 1969, le nom de Centre d’Action laïque. Ensuite, les revendications d’une séparation claire entre les Eglises et l’Etat ont amené ce dernier à l’inclure dans l’article 182 de la Constitution belge et à lui octroyer des moyens.

Des racines et des ailes

Si certains chercheurs font remonter les racines de la morale laïque à Aristote et aux sophistes du siècle de Périclès, tels Protagoras d’Abdère, Pyrrhon ou Arcésilas[1], s’il est admis que la pensée de Giordano Bruno préfigure la notion selon laquelle la « chose divine » serait du seul ressort de la conscience humaine, il convient aujourd’hui de rechercher ses fondements éthiques et moraux chez les philosophes des Lumières.

Quant à ses fondements politiques, ils sont étroitement liés à la lente et tardive sécularisation de l’Etat, à l’indépendance du pouvoir temporel et à la naissance de la démocratie. A ce titre, le concept de laïcité politique (basé sur la neutralité de l’Etat) s’est rappelé au bon sens des hommes aux étapes les plus noires de son histoire – apportant, par les valeurs qu’il proclame, des réponses fédératrices aux clivages qui ont parfois opposé des courants dogmatiques à la recherche de la puissance séculière.

Progressant constamment dans la recherche d’une société plus juste, le mouvement a pris son envol au fil des luttes qu’il a menées tout au long du XXe siècle pour l’enseignement officiel, le progrès social, le suffrage universel, le droit des hommes et des femmes à disposer d’eux-mêmes, la citoyenneté et la défense des droits de l’homme au sens le plus large.

Un idéal évolutif

L’histoire de la laïcité, c’est donc celle d’un idéal, d’une morale qui ne se soumet à aucune norme divine pour se fonder sur l’Homme lui-même, la défense de ses droits, les libertés et la justice. Une conception moderne, sinon contemporaine, forcément évolutive, qui plonge ses racines dans l’histoire de la pensée. L’histoire de la laïcité s’est forgée par le parcours de la communauté philosophique de femmes et d’hommes qui se reconnaissent dans les valeurs de libre pensée, de libre examen, de tolérance, de citoyenneté, d’émancipation… Cette communauté a tissé un tissu associatif fort et solidaire, né d’initiatives spontanées de personnes qui ont voulu concrétiser leur idéal, qui dans l’enseignement, qui dans l’éducation, qui dans l’action sociale, qui dans la santé… Un réseau qui, comme énoncé ci-dessus, a fini par se fédérer afin de coordonner et de rationnaliser ses efforts.

Aujourd’hui, la séparation des Eglises et de l’Etat reste un combat laïque primordial ; non pas « contre » les Eglises, mais contre les réminiscences d’un temps révolu qui pérennisent des privilèges cléricaux. Par exemple, le Te Deum de la fête nationale belge semble unanachronisme dont la subsistance est uniquement liée aux racines puissamment chrétiennes de la famille royale, et dont la pertinence à illustrer la fête d’une nation qui ne compte plus que 41% de catholiques[2] est pour le moins discutable. On peut difficilement limiter la représentativité de la nation belge actuelle au sabre et au goupillon, fleurons des célébrations du 21 juillet.